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Les scandales d’abus sexuels créent une situation nouvelle et nos mouvements sentent la nécessité d'agir. Mais comment? L’objectif de ce forum d’échanger des expériences en réponse à l’appel du pape du 24 août 2018. (Pour les autres langues, cliquer sur le drapeau à gauche).

   Dans nos pays occidentaux, la désaffection envers les Églises chrétiennes s’est amplifiée au cours des dernières décennies. Dans les récents sondages en France, 50 % des jeunes de 18-24 ans se déclarent maintenant « sans religion ». Cette désaffection frappe également toutes les institutions (partis, mouvements communistes, socialistes, laïques…) qui prétendaient détenir la vérité sur le progrès de l’humanité, le sens de l’histoire… Dans l’ébranlement de l’hégémonie de la civilisation occidentale, une grande partie des nouvelles générations, nées et grandies dans un monde où se sont affirmées les différences, ne croit plus au caractère absolu de nos vérités humaines qu’elles soient fondées sur Dieu ou la raison. Leur engagement ne se fait plus en référence à une « vision du monde » mais en réaction à des situations, dans des projets aux ambitions plus modestes, le vivre ensemble de l’humanité ne se trouve plus dans une soumission à des vérités qui s’imposent mais dans la confrontation des vues partielles des uns et des autres.

 

Un pape qui plaît

Or même parmi les « sans religion », le pape François suscite l’intérêt : 89 % en avaient une « bonne opinion », selon un sondage pour Le Parisien en décembre 2014 ; et en 2015 sa contribution aux débats sur la crise écologique a été saluée par de nombreux responsables associatifs et politiques.

Qu’est-ce qui « parle » chez ce pape, même à ceux qui ne croient ni aux vérités éternelles ni à la morale des lois naturelles ? Certes sa personnalité (« proche des gens », « sympathique » « simple »)… son « franc-parler » (sur la curie…). Mais aussi son « qui suis-je pour juger un homosexuel ? », brouillant l’image d’un pape juge « infaillible » ; et ses engagements là où sont les souffrances de notre humanité : le premier déplacement de son pontificat à Lampedusa, contre la « mondialisation de l’indifférence » ; le parcours de la cathédrale à la mosquée de Bangui, malgré les avertissements pour sa sécurité dans ce pays déchiré par les récents combats entre milices chrétienne et musulmane ; sa première encyclique sur « la sauvegarde de la maison commune ». Des traits que traçait ainsi Barack Obama en l’accueillant aux États-Unis en septembre 2015 : « L’enthousiasme suscité par votre visite n’est pas dû à votre rôle de Pape mais à vos qualités humaines. Par votre humilité, votre simplicité vous êtes l’exemple vivant de Jésus. Vous êtes un leader dont l’autorité morale ne s’exerce pas seulement avec les mots mais aussi avec les gestes. »

De la "nouvelle évangélisation" à Lampedusa

Pourtant le pape François reprend l’enseignement de ses derniers prédécesseurs. Dans La joie de l’Évangile, il rappelle les « normes morales objectives, valables pour tous » (64) et y déplore le « processus de sécularisation… et une augmentation progressive du relativisme, qui donnent lieu à une désorientation généralisée » (64), contre laquelle la mobilisation de « la nouvelle évangélisation » voulait lutter par « la transmission de la foi chrétienne », selon l’intitulé du dernier document de Benoît XVI sur ce thème. Mais évangéliser, reprend le pape François, c’est aussi « rendre présent le royaume de Dieu » (176), faire de la vie sociale « ... un espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous » (180), dans une « connexion intime entre évangélisation et promotion humaine » (179).

Si donc « l’enseignement de l’Église », tel qu’il s’est formulé ces derniers siècles, reste le même, le cœur du message qu’il fait entendre par ses actes n’est plus d’abord la défense d’une vision du monde ou de principes moraux, mais « le service de la charité » aux pauvres de ce monde dominé par une « économie de l’exclusion », la manifestation de « la miséricorde de Dieu » envers tous, même les plus en marge. C’est au moins un déplacement d’accent…

 Paru sur le site de débat de La Croix: http://www.la-croix.com/Debats,

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